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La Lettre n° 32 | Réflexion sur...
Natalia Muchnik
Crédits : H. S.
par Natalia Muchnik
Chargée de mission

Rapport de la mission pour la vie étudiante

La « vie étudiante » n’est pas une évidence à l’École. Des structures associatives ont existé mais n’ont guère été actives et les étudiants, traditionnellement en cycle doctoral, vivaient essentiellement leur cursus au sein des centres de recherche et des champs disciplinaires ou thématiques. Toutefois, l’adoption du Master en 2005, mais aussi, incidemment, la « crise » du CPE (et l’occupation du 105), ont révélé l’ampleur des besoins des étudiants et la nécessité d’une véritable politique en la matière. Celle-ci a été entamée sous la présidence de Danièle Hervieu-Léger, par la création d’un espace étudiant et d’une salle des associations au 96 bd Raspail, inaugurés en juin 2009. Ma nomination en tant que chargée de mission par François Weil, en avril 2009, a également coïncidé avec la création de la Direction des enseignements et de la vie étudiante (DEVE) dirigée par André Grelon, structure essentielle pour l’organisation de mon action. Ainsi, en concertation avec les différents services mais aussi avec le Groupe de travail Initiatives de formation et d'insertion (GTIFI) créé par deux doctorants (Sébastien Kapp et Moritz Hunsmann), représentants des étudiants au conseil scientifique, j’ai établi dix chantiers à plus ou moins long terme qui s’inscrivent dans une définition large de la vie étudiante. Ils ont donné lieu à des réalisations et des projets, tous menés en étroite collaboration avec la DEVE ainsi que d’autres membres et services de l’École. Ils s’articulent autour de cinq axes principaux.

Améliorer la diffusion des informations et la communication avec et entre les étudiants

- Les étudiants disposent aujourd’hui de plusieurs listes de diffusion électronique : la liste institutionnelle (etudiants@ehess.fr) rassemblant les adresses @ehess.fr est gérée par la DEVE qui transmet des informations sur la scolarité, les bourses et événements culturels ; la liste créée lors de la crise du CPE qui regroupe les adresses personnelles, est modérée par un enseignant de l’École et n’est accessible qu’aux étudiants. S’y ajoutent les listes de diffusion des formations de Master, des centres de recherche, etc. Ces multiples listes, essentielles pour la communication scientifique, posent néanmoins problème à deux égards. Tout d’abord, aucune ne réunit l’ensemble des étudiants de l’École. En effet, la liste post-CPE n’est pas mise à jour alors que la liste institutionnelle ne rassemble que les étudiants qui ont activé leur adresse @ehess.fr. Si ce problème devrait se résorber avec l’ouverture de l’ENT qui amène les étudiants à un usage plus fréquent de leur adresse @ehess.fr, il conviendra toutefois de créer des sous-listes efficaces mais surtout de permettre aux étudiants d’accéder à ce moyen de diffusion. On pourra également favoriser un usage plus poussé des adresses ehess.fr (par exemple pour les inscriptions en ligne), rendant sa consultation obligatoire et la liste etudiants@ehess.fr réellement opératoire. Le deuxième problème est lié à la durée de vie des adresses ehess.fr, théoriquement limitée aux étudiants inscrits, interdisant dès lors aux doctorants en fin de thèse (après quatre ans aujourd’hui) de rester en contact avec l’École mais aussi annulant tout suivi des anciens étudiants. C’est pourquoi a été décidée la création d’une adresse @ehess.org pour les anciens étudiants d’une durée de vie illimitée avec, dans un premier temps, un basculement automatique depuis l’adresse @ehess.fr.

- Le morcellement des listes de diffusion traduit aussi celui de l’information à destination des étudiants. Certes, ceux-ci disposent du « portail étudiant », créé et alimenté par Véronique Conuau (Service de l'information et de la mobilité internationale étudiante), qui devrait être désormais plus visible grâce à la refonte du site de l’École par Joëlle Busuttil. Néanmoins, il nous a semblé nécessaire d’offrir une version condensée des informations les plus utiles dans un « guide de l’étudiant » similaire à celui édité jusqu’en 2004. Ce guide, paru en octobre 2009, a été distribué lors de la journée de rentrée et est téléchargeable en pdf sur le portail. Il se veut plus pratique que la précédente version et s’est attaché à intégrer systématiquement des données sur les pôles en région. La prise en compte des étudiants de Lyon, Toulouse et Marseille me paraît en effet pour la vie étudiante comme pour le reste – ainsi que l’ont souligné Alain Trannoy (La Lettre n°27) et David Martimort (La Lettre n°29) – un défi essentiel pour l’École. Nous avons enfin accordé une attention particulière aux besoins des étudiants étrangers (50% des effectifs) : une partie du guide, en anglais, qui sera enrichie à l’avenir, comporte des informations spécifiques (permis de séjour etc.). La version 2010 est en cours de réalisation.

Encourager la vie associative étudiante

- L’École disposait d’une association étudiante, née dans les années 1990 mais inactive depuis plusieurs années, dont l’organisation manifestait divers dysfonctionnements. C’est pourquoi, une nouvelle association a été créée durant l’été 2009 sous la direction de quatre étudiants de Master (ae@ehess.fr). Ayant pour siège le 96 bd Raspail, elle compte un bureau (président, trésorier, etc.) et plusieurs responsables chargés, entre autres, de la communication, du projet Condorcet et des manifestations culturelles. Elle a d’ores et déjà créé plusieurs clubs (théâtre, « jeux d’esprits ») et organise une soirée par semaine. C’est en grande partie à l’association, avec l’aide des services logistiques du 105, dirigés par Josiane Kergraisse puis Josseline Gillet, que l’on doit l’aménagement de cet espace (canapé, machine à café, micro-ondes…) et que les étudiants disposent de plusieurs journaux en libre accès. Elle a par ailleurs commencé à exposer les œuvres d’étudiants de l’EHESS. La première exposition, en mars, intitulée Scènes de reflets urbains, présentait les photographies de Shab Ahang Kowsar, doctorante diplômée des Beaux-arts de Téhéran. L’association, enfin, a accueilli le 23 mars l’émission L’amphi de France Info pour un débat avec le député vert Yves Cochet.
- En 2000 avait d’autre part été créée, sous l’impulsion de membres de l’École, une association sportive ouverte à la fois aux étudiants et aux personnels. Elle avait pris divers contacts avec les associations sportives d’autres universités mais n’avait pu se développer, d’autant que le CAES répondait déjà aux besoins des personnels. Ses statuts ont donc été modifiés en novembre 2009 pour la réserver aux seuls étudiants. L’association compte aujourd’hui une présidente et un bureau. Elle a signé une convention avec l’association sportive de l’université de Paris VI afin que celle-ci ouvre ses activités et installations aux étudiants de l’EHESS. Elle envisage enfin la création d’une équipe de football aux couleurs de l’École et la signature d’une convention avec une piscine de la municipalité de Paris. Sans doute la mutualisation de certaines installations et activités sportives au sein du PRES HESAM offrira-t-elle de nouvelles perspectives, en attendant l’installation sur le Campus Condorcet.

Chacune de ces associations, ainsi que les syndicats étudiants représentés à l’École (Unef et Sud), bénéficient d’une aide financière annuelle accordée par la présidence.

Créer un pôle de langues et un pôle de formation aux TIC

- L’École accorde traditionnellement une place importance à l’apprentissage des langues étrangères. Pourtant celui-ci reste encore largement le fait des parcours individuels ou des actions entreprises par les centres et les formations. L’institution ne disposait que de deux maîtres de langue en anglais et en allemand. Surtout, la spécificité du public de l’EHESS et de ses 50% d’étudiants étrangers n’était pas prise en compte. L’enseignement du ‘français langue étrangère’ (FLE) appliqué aux sciences sociales (avec une attention particulière à la méthodologie et à la rédaction) était un besoin urgent, comblé en octobre 2009 par le recrutement d’une maître de langue en FLE – qui a toutefois été rapidement débordée par les demandes. Cet effort a été poursuivi cette année par le recrutement d’une PRAG en FLE ainsi que d’une PRAG en anglais, qui dispenseront chacune quinze heures d’enseignement hebdomadaire (et non plus huit heures, comme les maîtres de langue) dès la rentrée prochaine. Ce dispositif devrait d’ailleurs, selon les souhaits de la présidence, être enrichi par d’autres recrutements en FLE, en anglais et, peut-être, en espagnol. Il faudrait toutefois le compléter par des cours ou bien des accords globaux avec des institutions spécialisées (l’INALCO par exemple) pour l’apprentissage des langues rares.

- Il me semble par ailleurs nécessaire de développer la formation aux outils informatiques, notamment aux logiciels de bibliographie et à la feuille de style, indispensables à la numérisation des thèses dont Vincent Duclert (La Lettre n°30) rappelait à juste titre l’importance. Il existe déjà des formations ponctuelles, dispensées par les services informatiques de l’École (par Marie-Christine Vouloir entre autres). Toutefois, ces initiatives dispersées devraient être organisées et multipliées au sein d’un véritable pôle de formation aux TIC (Technologies de l’information et de la communication).

Améliorer l’accueil des étudiants et donner plus de visibilité à leurs initiatives

- Jusqu’à présent, l’accueil et l’intégration des étudiants étaient essentiellement le fait des centres et des formations, les premiers se chargeant des doctorants, les secondes des masterants. Or, ce système imposait d’emblée une double séparation : entre les disciplines et entre masterants et doctorants. Les possibilités offertes par le dialogue entre disciplines et le bénéfice qu’auraient pu tirer les plus jeunes de l’expérience des anciens n’étaient pas exploités. Les nouveaux-venus devaient trop souvent découvrir ‘sur le tas’ le fonctionnement de l’École. C’est pourquoi nous avons institué une journée de rentrée ouverte à l’ensemble des étudiants. Elle a eu lieu, pour la première fois, le 20 octobre 2009 au 105 bd Raspail et a réuni près de quatre cents étudiants. Ceux-ci ont tous reçu un exemplaire du « guide de l’étudiant » (cf. supra), une clef USB et un stylo ainsi qu’un mode d’emploi pour l’ENT. Une session plénière d’information, dans l’amphithéâtre, s’est prolongée par deux sessions d’une heure trente d’ateliers thématiques : sur l’ENT, les ressources documentaires, les séjours à l’étranger, la professionnalisation et, enfin, les problèmes spécifiques des doctorants. Chaque atelier était animé par des personnels administratifs, des enseignants-chercheurs, des documentalistes et des étudiants. Notons la participation pour l’atelier « professionnalisation » d’une représentante de l’Association Bernard Grégory, association créée en 1980 pour aider à l’insertion professionnelle des jeunes docteurs. L’enregistrement vidéo de la journée est accessible sur le portail étudiant. Il faudra, à l’avenir, étendre le dispositif mais surtout veiller à mieux intégrer les pôles en région.

- Depuis plusieurs années déjà se sont multipliés les séminaires organisés par des doctorants, tant dans des champs thématiques précis que pour pallier les défaillances de l’institution en matière d’aide à la rédaction et d’insertion professionnelle. Cependant, la multiplication de ces séminaires posait problème, du fait du manque de salles et parce que, manquant de visibilité, ils étaient amenés à se recouper. C’est pourquoi une rubrique spéciale, intitulée « ateliers de doctorants » a été introduite dans le programme des enseignements (version web). L’ENT (et notamment la plateforme Moodle) pourra, à terme, donner plus de visibilité encore à ces ateliers ainsi qu’à l’ensemble des initiatives étudiantes (journées d’études etc.).

Développer l’intégration des anciens et l’insertion professionnelle

- Le devenir des étudiants, une fois leur cursus achevé, n’a jamais fait l’objet d’une attention systématique de la part de l’École. Les étudiants n’ont ainsi aucun réseau à mobiliser pour s’informer des perspectives professionnelles offertes dans et hors du monde académique. Ils ne bénéficient pas non plus de l’expérience des « anciens » et, notamment par la perte de leur compte informatique, se coupent de la vie de l’École. Par ailleurs, l’institution elle-même ne dispose d’aucun réseau à mobiliser pour une future Fondation de l’EHESS. C’est pourquoi a été envisagée la création d’une association des anciens qui intègrerait tous les étudiants ayant reçu un diplôme (DEA, Master, Doctorat, Diplôme, Habilitation). Dans cette perspective, un annuaire des anciens est en cours de constitution. Cette mise en place se fait également en lien avec les Cercles de formation dirigés par Rita Hermon-Belot dont les réseaux pourraient être davantage mis à profit pour aider à l’insertion professionnelle des diplômés.

- Au-delà, en effet, c’est bien l’insertion professionnelle au sens large, dans et hors du monde de l’enseignement et de la recherche, qui pose problème. L’École ne dispose ainsi d’aucune personne chargée de ces questions. Ponctuellement, ce sont Véronique Conuau et Geneviève Tamiatto (coordinatrice des formations de master et de doctorat) qui informent les étudiants des dispositifs existants (conventions Cifre, « Doctorants Conseils », etc.). Mais, globalement, les étudiants sont souvent livrés à eux-mêmes pour intégrer les réseaux de chercheurs et construire leur carrière. La création d’un bureau de l’insertion professionnelle, toujours perçue au sens large, constitue véritablement une urgence. Le secrétariat général étudie actuellement la possibilité d’ouvrir un poste pour cette fonction dans les meilleurs délais.

Au terme de cette première année de ma mission, le bilan s’avère relativement satisfaisant : les principales structures de la vie associative étudiante sont établies et la construction d’un pôle de langue amorcée. De même, le « cycle de rentrée » (journée d’accueil, « guide de l’étudiant ») est désormais une pratique instituée comme le montre la préparation, dès janvier 2010, du prochain guide. Certes, un grand nombre de questions restent en suspens : le « chantier » informatique, notamment, qui devrait avancer avec l’arrivée du nouveau directeur des services informatiques ; celui de l’insertion professionnelle demande en revanche des moyens humains et une attention soutenue des différents acteurs de l’École. Car si le bon fonctionnement des structures et l’animation de la vie étudiante reposent sur le dynamisme des étudiants, ils dépendent aussi largement de notre investissement à tous, personnels administratifs comme enseignants.